Les leçons d’un premier trail

Record personnel sur marathon, record sur semi, record sur les 20km de Bruxelles et record sur dix kilomètres durant la même année 2018 … Cela semble trop beau. Mais il serait malhonnête de ne parler que du positif et d’occulter une expérience douloureuse, les Crêtes de l’Eau Noire. Trente-trois kilomètres, 1.100 mètres de dénivelé positif pour 4h25 de galère !

Nous sommes en plein de mois de juillet. Il fait très beau, trop beau. J’accompagne Rémy et un couple d’amis, Lena et Baptiste, à Couvin pour goûter aux bosses de la région. À ce moment de la saison, rien ne peut m’arrêter, du moins c’est ce que je crois.

Trop sûr de moi, je m’élance donc sur ce trail de 33 kilomètres. Rémy et moi convenons de courir ensemble. Rémy est bien plus fort que moi. Mais je veux lui montrer que je suis en forme, que je ne serai pas un boulet. Nous démarrons donc à bonne allure (celle du semi pour moi) ; sauf que nous ne sommes pas sur la route et la nature me le rappellera rapidement.

Rémy (g.) et Quentin (d.) aux Crêtes de l’Eau Noire 2018

Au début, je bombe le torse et je suis Rémy sans broncher. Les kilomètres s’enchaînent, les bosses aussi et elles commencent à piquer de plus en plus. Je ne suis pas doué dans les descentes où je dépense beaucoup d’énergie et de force. Après 16 kilomètres, je me rends compte que je n’arriverai pas à suivre Rémy. En bon ami, il m’attend, il m’encourage, mais je suis cuit. Pas l’envie d’être un fardeau, je lui dis de filer. Je finirai péniblement, seul. Je poursuis mon bonhomme de chemin et boucle le semi en 2h10.

Au ravito du 23ème, je me pose. Je discute quelques minutes avec les bénévoles, je bois du cola, je mange des gaufres, du chocolat, des chips … et je me demande vraiment comment je vais finir, et même si je vais finir. Un gars arrive, demande si un des bénévoles peut le reconduire à l’arrivée et, après une réponse positive d’un brave monsieur, il enlève son dossard. Il doit forcément y avoir une petite place dans cette voiture pour moi aussi. C’est tentant. Qu’est-ce que je fais ?

J’essaye de rester positif. Je pense à mes filles, à ma femme et à mes amis qui doivent m’attendre. Baptiste va s’élancer sur un trail de 80 bornes dans moins de deux mois, je ne vais quand même pas abandonner pour dix kilomètres. Je me remets péniblement en route, je marche plus souvent qu’autre chose, les coureurs me dépassent les uns après les autres. Je m’arrête en plein milieu des montées ; « 28%, ils sont sérieux là ? » … Je regarde vers le haut, c’est encore long. Je regarde vers le bas, je vais tomber si je fais demi-tour. Alors, j’avance lentement et pas très sûrement. On traverse une rivière. Ça fait du bien, je m’assois dedans. Une fois de retour sur la route, quelqu’un me propose de me reconduire à l’arrivée … « J’ai l’air si mal que ça ? » Je refuse poliment et finis tant bien que mal.

Deux heures dix minutes pour les 21 premiers kilomètres et … la même chose (2h15) pour les douze derniers ! Je passe la ligne en 4h25. Septante-cinquième sur 104 participants, un beau top 100. Ou plutôt une belle claque, comme quoi on peut vite redescendre de son piédestal … Ce trail m’aura remis les idées en place et m’aura coûté un ongle aussi. Il me servira en tout cas pour l’avenir car j’ai fait tout ce qu’il ne faut pas faire en trail, surtout quand on débute.

Les leçons de ce premier trail ? Premièrement, mieux vaut éviter de se fixer un objectif chrono. Tu ne connais pas la région, tu ne connais pas le parcours, tu te tais et tu profites. Deuxièmement, et ça découle du premier point, tu ne pars pas comme un fou. 33 km, c’est long. Troisièmement, tu fais attention à ton matériel. Tu évites les chaussures trop serrées et les chaussettes trouées. Et enfin, tu fais attention à ton hydratation et à ton alimentation. Je pense que j’ai pris un petit coup de chaud sur cette course. Je transpire énormément. La prochaine fois, je devrais peut-être emmener des petites capsules de sel.

Quentin Degryse © RUNNINGGEEK.BE 2019

Une réflexion sur “Les leçons d’un premier trail

  1. Comme je peux comprendre ta douleur… je crois avoir subi le même type de déconvenue sur le Marathon d’Amsterdam… 6 km à alterner marche et course et à se faire manger par plein d’autres participants… tout ça pour avoir surestimé mes capacités au départ … beau compte rendu et belle leçon pour les prochains 😉👍

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