Le Marathon du Mont-Blanc 2019

J-7 : L’heure des incertitudes

La semaine avant un grand rendez-vous est toujours compliquée. Suis-je prêt ? C’est un exercice que je connais finalement très peu, le trail. En ai-je assez fait ? J’ai fait ce que je voulais faire, privilégier l’ACRHO et les 20km de Bruxelles tout en incorporant les 3 week-ends choc dans mon programme. Mais est-ce que ce sera suffisant ? Il reste une semaine, on est tenté de ressortir les baskets pour aller dans le Mont Saint-Aubert une dernière fois … Heureusement, je commence à connaître ces périodes de doute (pré-marathon souvent) et je ne cède pas à la tentation. L’idée est louable mais sûrement contre-productive. A une semaine, place à la récupération (active) et au repos !

J’ai beaucoup d’interrogations concernant mon adaptation à l’altitude (hormis un épisode festif au ski, je n’ai jamais mis les pieds en montagne), la longueur de l’effort (7, 8 ou peut-être 9 heures), les montées de quatre kilomètres, des portions descendantes à plus de 25 % … Bref, les sujets d’inquiétude ne manquent pas et mieux vaut ne pas y penser avant de dormir.

Je parcours la toile, lis différents récits, regarde les activités Strava des anciens participants … je n’ai aucune idée du temps que je peux espérer faire. C’est plutôt perturbant pour moi qui suis habitué à tout calculer et à prendre des repères le long des parcours. Je n’avais pas ressenti cela depuis mon premier marathon. Et encore, le bitume espagnol est identique au nôtre (avec peut-être moins de trous).

On décompte les jours avec un double sentiment, à la fois pressé d’y être pour en découdre mais également inquiet … Il reste à organiser le départ, le voyage, le matériel … ne rien oublier, ne rien laisser au hasard pour augmenter les chances d’être mentalement bien et serein le Jour-J.

J-2 : Le grand départ

Vendredi à l’aube, nous démarrons, Fédora, Sophie, Samuel et moi. La nuit fut courte mais nous préférons arriver relativement tôt pour nous installer et profiter d’une demi-journée supplémentaire sur place. Après tout, ce sont un peu les vacances aussi.

Arrivés dans le village de Servoz, nous avons la chance de pouvoir admirer le Mont-Blanc depuis la terrasse du chalet. Le décor est magnifique. Les voitures arrivent au compte-gouttes. Chacun s’installe dans sa chambre, prend ses marques dans cet énorme chalet … et puis, nous reprenons la route pour rejoindre Chamonix.

Les coureurs du 90km finissent leur course sous nos regards admiratifs. 90 kilomètres !!! Il fait très chaud, près de 35 degrés. Nous commençons la longue file pour retirer nos dossards. Les participants du 10km, du 23km et du Marathon attendent patiemment. En plein soleil, les minutes sont tout de même longues.

Un bénévole s’occupe enfin de moi. Il vérifie d’abord mon identité avant d’aller chercher mon dossard et mon t-shirt. Ensuite, il vérifie que je suis bien en possession de tout le matériel obligatoire (GSM, réserve d’eau, sifflet, couverture de survie, etc.) et conclut en me demandant si je suis bien conscient de la difficulté de l’épreuve et des risques liés à celle-ci. J’hésite quelques secondes avant d’acquiescer. Je signe un document et je retrouve les copains dehors.

Retour au chalet. Nous sommes 16. Débute un semblant d’apéro. Bières sans alcool, eau pétillante … ce n’est pas trop dans nos habitudes mais tout le monde résiste, ou presque. Après un bon plat de pâtes, nous regagnons nos lits relativement tôt pour récupérer du voyage.

J-1 : 10km du Mont-Blanc

Les premiers concurrents du chalet vont déjà pouvoir en découdre. Après un petit-déjeuner dans la bonne humeur, nous partons tous ensemble vers Chamonix, sur l’Aire des Parapentes d’où partiront les coureurs du 10 km. Tout le monde a revêtu son nouveau t-shirt.

Le speaker met l’ambiance. Nos Tournaisiens du Mont-Blanc rejoignent leur sas respectifs. A chaque départ, les premières notes de « Hell Bells » d’AC/DC retentissent … j’ai des frissons, des fourmis dans les jambes … mais ce n’est pas encore mon tour. Je me contente de voir partir les copains et ma femme pour un bon 10km et 325 mètres de dénivelé. Ils sont 6 à participer à cette course, 3 femmes et 3 hommes.

Nous restons sur l’Aire des Parapentes. Je teste l’application Live Trail pour suivre l’évolution de la course. Il fait chaud. Nous buvons énormément et essayons de rester un peu à l’abri du soleil avant que les premiers concurrents n’arrivent.

Les premiers arrivent. 40’32’’ pour le vainqueur, relativement loin du record de l’épreuve mais quelle foulée ! Nous sommes le long des barrières et applaudissons chaque participant. La chaleur n’est pas l’alliée des coureurs cette après-midi. Nous attendons nos premiers représentants. Parti du premier sas, Jonathan arrive suivi de peu par Paul et Baptiste partis du sas n°2. Notre première dame et 4ème belge, Sophie arrive pas très loin derrière nos représentants masculins. J’attends impatiemment Fédora qui arrive un peu plus tard. Je me surprends à être toujours aussi ému quand je la vois arriver sur une course. Enfin, notre petite Caro vient clôturer ce joli podium féminin.

10km du Mont-Blanc
Le « podium féminin » – photo RUNNINGGEEK.BE

Chamonix vit au rythme du trail durant ce week-end. Toutes les terrasses sont bondées de sportifs et de leurs supporters. Un petit verre sur Chamonix pour célébrer nos premiers finishers et on rentre. Les choses sérieuses vont commencer. Contempler ces montagnes depuis la vallée ne m’a pas vraiment rassuré. Demain, il faudra monter là-haut. Le stress commence à pointer le bout de son nez.

19h : nous recevons un SMS de l’organisation. Vu les risques d’orage (et la canicule), le départ est avancé d’une heure, soit à 6h. Ce n’est pas pour me déplaire. Il fera plus frais au départ. Nous courrons une heure de moins sous le soleil … et on pourra commencer à célébrer une heure plus tôt.

Filet de poulet, pâtes et toujours de l’eau au menu. L’ambiance est bonne. Tout le monde prépare son sac dans la bonne humeur. Le groupe vit bien. On ne s’éternise cependant pas, la nuit sera courte.

Jour-J : Le Marathon du Mont-Blanc

3h30 : le réveil sonne. Inutile de dire que je n’ai pas très bien dormi. Je me suis retourné dans tous les sens, posé mille questions … mais la dernière nuit n’est soi-disant pas très importante.

Pour pouvoir rester au lit un peu plus longtemps, j’ai opté sur mon désormais habituel GatoSport. Une belle part vers 4h et une banane. Le petit-déjeuner est plutôt calme. Chacun entre tout doucement dans sa bulle. Il est l’heure de s’habiller et de se préparer.

5h : Les voitures démarrent en trombe … sans moi ! Petit moment de stress (sic). Un coup de téléphone et la dernière voiture fait demi-tour pour me récupérer. On en rigolera plus tard mais sur le coup, je me serais bien passé de cette légère frayeur.

5h25 : Arrivée au Parking du Grépon à 10 minutes à pied du lieu de départ. Les rires naturels de la veille ont laissé place à des visages crispés. Qu’est-ce qu’on fout là ?

5h45 : Nous sommes tous là près de la ligne de départ. La file pour les toilettes est longue. Je suis censé partir du premier sas avec Romain et Simon. J’hésite et cherche une solution autre que les toilettes de l’organisation. Un hôtel me refuse poliment l’entrée. Je reviens vers la file, encore plus longue. J’étais content de pouvoir partir du premier sas sur les trois proposés par l’organisation. Ignorant ce principe de vague, nouveau sur le Marathon du Mont-Blanc, on m’avait conseillé de partir dans le premier tiers du peloton pour éviter les éventuels bouchons. Mais je préfère soulager un dernier besoin et partir l’esprit (le ventre) tranquille. Je décide donc de prendre le départ avec le reste du groupe depuis le sas 3 vers 6h10.

6h05 : Le premier sas est déjà parti depuis 5 minutes. Le deuxième s’apprête à démarrer. Aloïs, PO et moi entrevoyons une ouverture pour se faufiler dans la fin du 2ème sas. On en a marre d’attendre. Après une dernière accolade avec Lena et Sam, nous saisissons l’opportunité. Derniers encouragements, cette fois, c’est parti … Sous les riffs de guitare d’Angus Young, nous passons la borne ! Alo et PO restent ensemble, je pars de mon côté et essaie de me faufiler au milieu du peloton. Après 50 mètres, alors que je frissonne de partout, nous sommes déjà en train de marcher. Ô frustration ! Ca se dégage un peu à la sortie du premier virage et j’en profite pour commencer à remonter le deuxième sas. J’entends Fédora et Baptiste crier mon nom de l’autre côté de la rue. Je les salue rapidement et leur donne rendez-vous dans deux heures à Vallorcine.

L’organisation propose des navettes pour les supporters. Celles-ci leur assurent le trajet entre Chamonix (départ) et Vallorcine (18km et premier ravito complet), Vallorcine et Le Tour (29km et second ravito complet) et enfin entre Le Tour et le téléphérique pour monter vers Planpraz (arrivée).

Départ – Argentière (KM 10)

Les premiers kilomètres sont roulants. J’en profite pour dépasser et me replacer. Je me suis toutefois promis de ne pas m’emballer sous peine de prendre vraiment cher plus tard dans la course. Je tourne en 5’45’’/km sur les 3 premiers kilomètres. Le quatrième kilomètre monte déjà un peu plus mais je décide de continuer à courir. En fait, je l’avais déjà décidé avant. Je savais que les quatre premiers étaient courables et que je ne devais pas céder à la tentation de marcher.

Au cinquième, la majorité des coureurs marche et je ne fais cette fois pas exception. La montée est raisonnable mais rien ne sert de forcer. Dans la descente vers le Lavancher, je perds une première fois un de mes bâtons. Durant ces premiers kilomètres, j’ai des soucis avec mon matériel. Les bâtons placés à la verticale gênent l’accès aux flasques et l’aimant du Camelbak ne cesse de tomber également. Le genre de détails qui m’agace.

Dès que j’accélère en fait, les bâtons glissent et sortent de leurs élastiques. En général, je m’en rends compte et parviens à les replacer. Mais un bâton échappera à ma vigilance et tombera une seconde fois. Son compte est bon, celui-ci restera dans ma main jusqu’au bout.

On approche du premier ravito léger (eau plate) et je manque de chuter après avoir tapé dans une pierre. Je me rattrape comme je peux après quelques mètres. Ouf ! Au ravito, je passe outre l’énorme réservoir d’eau. Je suis encore plein. Je suis parti avec 2 litres d’eau pure dans le camel et de la boisson isotonique dans mes 2 flasques de 50cl. Je bois régulièrement et j’alterne entre eau et boisson iso.

Je passe la première borne. Je sais que mes supporters sur place et en Belgique sont avertis de mon avancée. J’ai envie de leur crier que tout va bien !

Argentière – Vallorcine (KM 19)

Dans mes prévisions, je pensais faire les 19 premiers kilomètres sans l’aide des bâtons. Mais arrivé au 11ème kilomètre, on arrive dans un premier gros mur en lacets. Comme j’ai déjà l’un des deux bâtons dans la main, il me restait plus qu’à prendre l’autre et à commencer l’ascension. Je ne les lâcherai plus jusqu’à l’arrivée.

Nous sommes en file indienne. Quelques coureurs parviennent à s’extirper du peloton. « Gauche, gauche » entendons-nous et nous serrons donc tous à droite pour peu qu’il y ait de la place. Par excès de galanterie, je laisse passer une demoiselle au risque de me casser la figure. Il faut vraiment ouvrir l’œil à chaque instant, en montée comme en descente. Le risque de chute est élevé et pourrait compromettre la suite des évènements.

Le Col des Montets nous attend ensuite. Le pied est plutôt pentu mais ça passe. Nous ne sommes encore qu’à 1465 mètres d’altitude. J’avais retenu qu’une fois en haut de ce col (13,5 km), nous serions partis pour 3,5 kilomètres de descente. Les premiers écarts entre le roadbook de l’épreuve et ma montre apparaissent, 14,5 kilomètres au poignet et toujours pas de descente. De ce que j’ai pu trouver sur la toile, ce marathon fait plutôt 43 voire 44 kilomètres et il ne faut donc pas s’en étonner. Je profite d’un passage sur un parking assez large pour satisfaire un besoin naturel. Urine claire, je suis bien hydraté 😊

Enfin la descente, je ne fais pas le fou. Je tourne en moyenne en 5’10’’ sur les trois kilomètres et me réjouis de voir des gens que je connais dans très peu de temps. Après deux heures de course, j’arrive dans Vallorcine. J’entends les premières voix familières avant d’apercevoir Fédora un peu plus loin. Je suis déjà requinqué et ne décélère pas avant le ravito, au contraire. Fédora et Sophie traversent le champ en courant pour me rejoindre. Premier pit-stop. Je donne à Fédo mes flasques d’iso pour qu’elles les remplissent. Je discute avec elles. Elles m’encouragent. Je demande des nouvelles des autres. Tout le monde est passé sur les premières bornes.

Il est 8 heures, le soleil commence à pointer le bout de son nez. Je sors la casquette. Un dernier bisou et je repars. Je passe sous la tente du ravito. Je chope un morceau de banane et un morceau de pastèque d’un côté. De l’autre, je vois du salé. Un morceau de saucisson, 2 tucs et je sors. Jusqu’à présent, j’avais couru sans les dragonnes prévues pour attacher les bâtons. J’y pense alors. J’enlève une nouvelle fois mon sac pour les prendre et les enfiler. Je remets mon sac mais je suis ennuyé par mon Camel. Le tuyau est tout à coup trop court. Je demande à un gamin de tirer dessus. Il m’aide comme il peut. Tant pis, j’avance.

Se profile devant moi le Col des Posettes, une ascension de 4,5 kilomètres et 740 mètres de dénivelé jusqu’au prochain pointage et ravito léger. On entre dans le Col. Il y a du monde partout. On se croirait sur le Tour de France. Les encouragements sont terribles. Je vois Jonathan au premier virage, il immortalise le moment. Je lui demande d’arranger mon Camel, il s’exécute gentiment et je repars !

Mont-Blanc Vallorcine
Dans le col des Posettes – photo RUNNINGGEEK.BE

Vallorcine – Aiguillette des Posettes (KM 24)

Le début de la montée se fait en file indienne. C’est assez lent. Par moments, nous sommes à l’arrêt. Je sais que ça va être long, je ne m’aventure pas à doubler … du moins, pas au début. Certains coureurs téléphonent à leur famille, écrivent des sms et ralentissent ainsi la cadence. Je suis obligé de les dépasser quand c’est possible.

Je n’oublie pas de me ravitailler. Un gel ou une compote toutes les 45 minutes depuis le début de la course. Les 2 premiers kilomètres sont bien raides, dans un single track. Mais ensuite, on arrive sur les pistes de ski, des portions bien plus larges et régulières. Dès lors, plus besoin de rester dans la file, chacun prend son tempo et avance tranquillement. Je suis bien sur ces parties peu techniques et je me surprends à dépasser pas mal de personnes dans la montée. De temps en temps, je parle et plaisante avec d’autres participants. Tout le monde a encore la banane … pour le moment.

Le paysage est somptueux. Je ne prends pas le temps de sortir mon smartphone pour immortaliser ces moments mais j’en profite pleinement. On arrive au ravito du Col des Posettes. Un musicien met de l’ambiance. Les gens chantent, applaudissent tout en remplissant gourdes et estomacs. L’Aiguillette se dresse un kilomètre plus loin et 200 mètres plus haut. Elle est magnifique. De nouveau sur des sentiers étroits, on se remet en file indienne. On pense en voir le bout mais ça n’en finit pas. Je me sens plutôt bien dans les montées. Je me contente de regarder les pieds du gars devant moi pour suivre sa trajectoire et avancer. En haut, pas de le temps de pavoiser. Un petit 360° pour admirer et jouir de la vue, 2200 mètres d’altitude quand même … et c’est parti pour une descente de quatre ou cinq kilomètres vers le Tour (deuxième ravito complet).

Aiguillette des Posettes – Le Tour (KM 30)

La descente, ce n’est clairement pas ma tasse de thé. Ca me fait même plutôt peur. Hors de question de prendre le moindre risque ! Ceux que j’ai dépassés dans la montée ou au ravito se refont la cerise et me dépassent. Je n’ai pourtant pas l’impression d’aller trop lentement. Pas encore trop lentement.

Après deux kilomètres de descente, alors que je commence à prendre confiance, mon pied droit reste bloqué entre 2 pierres. Je ne résiste pas et me laisse partir en roulade sur le côté. Je suis descendu de deux mètres mais pas dans la bonne direction. Je remonte à l’aide de mes bras, un traileur me tend la main, je remonte sur le sentier, ramasse mes bâtons et me remets en route. Ca, c’est fait … Cela ne va pas m’aider à me relâcher en descente. Je continue mon petit bonhomme de chemin en laissant passer tous les coureurs un peu trop pressés.

La descente me semble interminable. Damien me dépasse comme une balle dans la descente. Quelle aisance ! Je suis là à planter du bâton en descente pour assurer chaque pas et je le vois voltiger dans le lacet en-dessous de moi. Sur les parties roulantes un peu plus bas, je relance dès que ça ne me paraît pas trop dangereux. J’entends les vuvuzelas du ravito, on approche … j’ai hâte d’y être et de revoir mon épouse et les copains.

Après 4h30 de course, j’arrive au second ravito complet. Je prends mon temps, je demande des nouvelles des autres membres du groupe. Tout le monde est toujours dans la course. Je rentre dans la tente, prends encore un morceau de banane et un de pastèque mais je n’ai pas très faim. Je ressors de la tente où je retrouve Fédora et Baptiste. On discute, on plaisante même … je suis plutôt confiant. Il doit en principe rester 14 kilomètres et je leur dis tel quel « 7h30, ça doit le faire. Il y a peut-être moyen d’aller chercher 7h15 ».

Dans ma tête, je pensais avoir déjà passé les 1800 mètres de dénivelé positif cumulé. En réalité, je n’en suis qu’à 1600 et il en reste encore 1100. Baptiste me calme et me rappelle de bien manger et de ne pas me bruler en visant un temps dont tout le monde se fout. Il n’a pas tort. Un dernier petit mot, un dernier bisou et rendez-vous à Planpraz dans 3 heures …

Le Tour – La Flégère (KM 39)

Après ce ravito, je savais qu’il y avait une partie roulante, « courable ». Je relance donc. J’ai fait le plein d’énergie, mentale surtout. Malheureusement, je n’allais pas pouvoir courir bien longtemps. Vient alors le fameux Béchar, 1,3 km de montée et 21 % de moyenne selon Strava.

Nous sommes en plein soleil. Encore une fois, les gens se suivent à la queue leu-leu. Mais l’ambiance n’est plus aussi bonne qu’avant. Si on pouvait se permettre encore quelques blagues dans l’ascension des Posettes, ici ce n’est malheureusement plus trop possible. On n’entend plus rien, ni personne si ce ne sont les bâtons qui tapent sur les pierres et cherchent désespérément un appui. Au fur et à mesure, les gens se rangent sur le côté pour profiter de l’ombre et s’étirer. Tout le monde souffre, tout le monde tire la gueule … sauf pour le photographe.

Montée du Béchar
La montée du Béchar – photo Flash-Sport

J’avance toujours et ne m’octroie aucun répit par peur de ne plus savoir repartir. Dès que je passe devant quelqu’un à l’arrêt, je m’inquiète de son état et lui demande si ça va. J’ai envie d’en finir avec cette foutue montée … même si d’après mon enquête, la descente est bien pire.

J’arrive en haut. Il n’y a qu’un kilomètre et demi à descendre, ça devrait aller … La descente n’est faite que de racines, souches et gros cailloux. On a plutôt intérêt à garder les yeux grand ouverts pour éviter de se faire une cheville ou la chute simplement. J’apprendrai plus tard que Romain aura chuté dans cette descente.

La descente me semble interminable (bis repetita). Tout le monde me dépasse. Je regarde ma montre. Je descends presque plus lentement que je ne suis monté. Je dois battre un record de lenteur. Je m’arrête sur un côté pour avaler une énième compote. Je n’aurais pas osé manger en marchant.

Une fois en bas, pas de répit, on rattaque directement avec une montée de 3,5 kilomètres vers La Flégère, le dernier ravito. Il fait vraiment chaud. Chaque fois que je vois un ruisseau, je vais y tremper ma casquette comme me l’avait recommandé Quentin D., ultra-traileur confirmé et conseiller trail à ses heures perdues. Le paysage est toujours aussi beau mais je n’ai plus tellement la force, ni l’envie d’en profiter. Je souffre vraiment cette fois. Pour la première fois de la course, le sourire a dû quitter mon visage et je grimace de plus en plus. Les jambes ne sont pas forcément douloureuses mais les longues pentes se dressant devant moi me sapent le moral. J’essaie de rester positif, de penser à mes filles, à ma femme, de me dire que les copains derrière doivent aussi en chier et que je n’ai pas le droit de baisser les bras.

On passe à côté de la neige. Un coureur en prend et en mange. Chacun son délire. J’aperçois enfin un téléphérique et il doit s’agir de La Flégère.

Après une dernière montée, j’aperçois la tente. Je passe la borne. Je me dis que mes followers doivent être soulagés d’avoir enfin un signe de vie. J’échappe au contrôle du matériel. Par contre, je ne me fais pas prier pour bénéficier d’un petit frictionnement à l’eau fraîche. Une charmante bénévole me passe l’éponge sur la tête, la nuque, les bras, les jambes … ça fait un bien fou.

Je me dirige vers la tente. Je n’ai pas faim du tout. Hormis une compote, je n’ai quasiment rien avalé depuis Le Tour. Une compote en deux heures, c’est trop peu. Je me force à manger un morceau d’orange et une ou deux noix de cajou. Je bois un verre d’eau, un verre de Saint-Yorre et un verre de coca. Je vide le peu de ce qu’il restait de mes flasques d’iso et je les remplace par du coca et de l’eau.

Je demande à un bénévole combien de kilomètres il reste … « Cinq ! » … il reste cinq kilomètres pour en finir avec ce Marathon du Mont-Blanc. Je regarde ma montre, je suis déjà à 39 kilomètres. Je comprends alors qu’on sera largement au-dessus des 42,195 km d’un marathon traditionnel.

Ah, et déjà 6h45 de course. Je fais nettement moins le fanfaron qu’au précédent ravito et espère pouvoir passer sous les 8 heures !

La Flègère – Planpraz (arrivée)

Je quitte le ravito en trottinant. Cette dernière partie est fatigante. Ca monte, ça descend tout le temps. Mais il n’y a plus d’énorme montée et, encore mieux, plus d’énorme descente. Dès que je peux le faire, je trottine. Je suis étonné de pouvoir encore le faire.

Il faut toutefois rester concentré pour éviter la chute dans les escaliers ou dans les zones remplies de rochers. J’essaie aussi de ne pas trop regarder sur ma gauche. Je reste quand même sensible au vertige et préfère m’abstenir. En enjambant un rocher, je ressens une douleur vive dans la cuisse gauche. Je ne suis pas loin de cramper. Si je dois m’arrêter pour une crampe, ce sera mort pour les 8 heures. Je ne m’arrête pas. Je sens la crampe menaçante. Heureusement, à ce moment-là, le parcours m’offre un peu de répit et je peux marcher sans devoir faire des mouvements compliqués. Au bout de quelques minutes, la douleur s’en va.

On croise pas mal de randonneurs en sens inverse. On croise également des spectateurs bien placés. Je double pas mal de concurrents, je veux finir sous les huit heures. Les informations qu’on reçoit des spectateurs, me perturbent. « Encore 800 mètres, monsieur, courage » alors que la spectatrice suivante m’annonce un kilomètre et demi.

Plus on approche, plus il y a de supporters. J’aperçois Planpraz. Je marche d’un bon rythme. Alors que je traverse une dernière partie enneigée, j’entends « Allez Quentin » au loin. C’est Sophie. Déclic dans ma tête : mode « guerrier » enclenché. Ni une, ni deux, je prends mes bâtons dans une seule main et relance en courant. J’aperçois furtivement Jonathan qui prendra le cliché de l’année.

Planpraz
Planpraz – photo RUNNINGGEEK.BE

J’envoie tout ce qu’il me reste, quitte à en perdre une partie de mon matériel. Après avoir récupéré la flasque que j’avais faite tomber, Baptiste m’emboîte le pas et m’encourage d’une manière qui lui est propre « allez gros, allez gros » … j’ai la rage, j’accélère encore et le public semble apprécier. Je bascule dans la dernière ligne droite. Il y a du monde, j’entrevois enfin l’arche d’arrivée. Fédora ne doit pas être loin. J’y vais à fond. Je n’ai plus mal aux jambes. J’entends Caro m’encourager puis Fédora que je dépasse à toute allure. Je l’entends me suivre et hurler « allez Quentin » ! Je n’ai pas la lucidité de l’attendre et continue mon chemin pour passer l’arrivée les bras levés et le torse bombé pour afficher fièrement « RUNNINGGEEK.BE ».

Arrivée
Allez Quentin !!! – photo Flash-Sport

Planpraz, terre des héros

7h56 … quelle épreuve ! De loin la plus dure et la plus belle à laquelle j’ai participé ! Je récupère ma médaille, une bière et file voir les copains !

Romain (7h22), Damien (7h29) et Simon (7h36) sont déjà arrivés. Je suis tellement content de les voir là, relativement en forme. Nos supporters sont là. Je vois la joie sur leurs visages. Ils sont autant contents que moi. Je sens Fédora émue et fière. C’est aussi sa réussite, sa victoire.

« Où sont les autres ? », c’est ma première question. Aloïs et Pierre-Olivier sont toujours ensemble et devraient arriver dans une heure. Lena et Samuel ont passé la barrière horaire et devraient pouvoir rejoindre l’arrivée. Je m’installe par terre avec le reste du groupe. Je savoure cette petite bière gracieusement offerte et enfile un t-shirt propre.

Nous nous installons ensuite près des barrières pour encourager tous les courageux finishers. L’application nous dit qu’Aloïs et PO devraient déjà être là mais on ne voit rien. Finalement, Sophie nous prévient par SMS. Ils arrivent. Ils marchent quasiment main dans la main. Ils ont fait toute la course à deux. Ils passent devant nous avec le drapeau belge floqué d’un RUNNINGGEEK.BE. Ils reçoivent à leur tour une ovation bien méritée.

Je les rejoins dans la tente pour les féliciter … et me servir une autre petite mousse (après huit heures d’effort, je ne perds pas le nord). Aloïs est livide mais si fier de l’avoir fait. Je suis tellement content pour lui, pour eux.

Six sur huit pour le moment, il en reste encore deux pour que la réussite soit totale et la fête encore plus belle. Sam – qui hésitait encore hier soir à prendre le départ – arrive tel un gladiateur romain. Le sourire aux lèvres, il en finit avec ce défi complètement fou, courir le Marathon du Mont-Blanc sans véritable entraînement et sans bâtons. Chapeau l’ami !

Le chrono tourne et on s’inquiète pour notre petite Lena. Mais quelques minutes plus tard, elle arrive souriante, heureuse et fière !!! Je la vois encore ce matin nerveuse alors que je lui claquais une dernière grosse bise d’encouragement. Et elle l’a fait, ils l’ont tous fait !

Bravo les amis … Cette aventure n’aurait pas été aussi belle sans vous !

Finishers
De g. à dr. : Romain, Samuel, Quentin, Lena, Damien, Pierre-Olivier et Aloïs – photo RUNNINGGEEK.BE

Débriefing : Une expérience humaine hors du commun

Courir un trail à Chamonix, c’est chouette. Courir un trail à Chamonix avec ses potes et sa femme, c’est juste magnifique ! J’ai personnellement vécu un week-end de fou, un week-end dont je me souviendrai toute ma vie … à quelques exceptions près dans la nuit de lundi à mardi 😊

Nous sommes passés par tant de sentiments différents : stress, fatigue, douleur, larmes, joie, rires … le tout saupoudré d’une solidarité hors-norme !

C’était tellement bien que 24 heures après, le temps d’oublier la douleur, nous commencions déjà à regarder quel trail sympa nous pourrions faire dans les Pyrénées l’an prochain.

La décence m’oblige à faire l’impasse sur les scènes de joie et la fête qui ont suivi. Sachez juste qu’elle a été à la hauteur de l’évènement et de l’exploit 😊

Les Tournaisiens du Mont-Blanc
Les Tournaisiens du Mont-Blanc – photo RUNNINGGEEK.BE

Remerciements

Merci à tous ceux qui ont eu une pensée, un petit mot à mon égard ce dimanche 30 juin. Merci à tous ceux qui m’ont conseillé avant l’épreuve. Merci à nos différents sponsors, notamment le restaurant Rive Gauche à Tournai. Merci à nos supporters / intendants durant la course. Merci à Jon pour les photos. Merci à tous les Tournaisiens du Mont-Blanc qui ont contribué à la bonne ambiance et à ce week-end de dingue. Merci à mes parents d’avoir gardé nos deux filles et rendu cette aventure possible. Merci à ma femme de me supporter au quotidien et de me suivre dans ces moments de ma vie !

La suite du programme

Le premier juillet, comme pour les étudiants, l’heure est aux vacances. Je range les chaussures au placard … En tous cas celles de running, il n’est pas exclu je sorte celles de tennis dans quelques jours. J’ai quasiment 1200 kilomètres au compteur sur ce semestre alors que mon marathon (celui d’Amsterdam) n’est programmé qu’en octobre. Je coupe donc pendant quinze jours. Le repos fait partie de l’entraînement, ne l’oubliez pas. Je recommencerai vers la mi-juillet pour préparer les challenges ACRHO du mois d’août et entrer tout doucement dans ma préparation pour le Marathon d’Amsterdam et ses 200 mètres de dénivelé positif.

J’en profite pour vous souhaiter de bonnes vacances. N’hésitez pas à parcourir le blog durant vos longues heures sur le transat !

A bientôt sur les routes de l’ACRHO !

Quentin Degryse © RUNNINGGEEK.BE 2019

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