Entorse au programme

Les blessures font partie d’une vie de coureur (1). Courir, c’est courir le risque de se blesser, tôt ou tard. Après quatre ans en « état de grâce », mon tour est venu. Cela fait bientôt six semaines que je n’ai plus couru. La préparation de mon troisième marathon commence par une bonne période de repos. Repos forcé. Récit de … ma première blessure.

L’entorse du genou

Au départ, un bête accident lors d’une sortie à allure facile avec mon club, le GaG. Une descente empruntée des dizaines de fois. Un caillou me roule sous le pied, jambe tendue. « Scroutch », la sensation que quelque chose a bougé à l’intérieur du genou. Puis une vive douleur qui met immédiatement fin à l’entraînement. Je fais demi-tour sans attendre, tant que c’est chaud. Cinq-cent mètres plus loin j’espère naïvement pouvoir me remettre à courir mais c’est impossible. Je rentre en boîtillant, raccompagné par mes équipiers.

« On verra ce que ça donne demain matin » me dis-je. La réponse en une image :

Ces deux jambes appartiennent à la même personne

Un bel épanchement, mon genou gauche a doublé de volume malgré la glace et la surélévation.

J’appelle la consultation de médecine du sport de l’UCL à Louvain-la-Neuve et obtiens un rendez-vous le jour-même avec le Pr Henri Nielens.

Le genou est une articulation complexe, dont la stabilité est assuré par différents éléments : capsule articulaire, ligaments, ménisque et muscles (2). L’entorse du genou est une atteinte des ligaments du genou. Face à une entorse, la première préoccupation du médecin est de rechercher des signes de lésion des ligaments croisés, en particulier le ligament croisé antérieur (LCA).

Schématiquement :

  • rupture du LCA ⇒ entorse grave, traitement chirurgical ;
  • pas de rupture du LCA⇒ entorse bénigne, traitement médical.

Le médecin pratique donc en premier lieu le test de Lachman pour vérifier l’état de mon LCA. Je suis couché sur le dos, jambe légèrement fléchie, le docteur maintient ma cuisse et mobilise le tibia. Heureusement, chez moi, « le Lachman est dur » : le mouvement de tiroir s’arrête net. Le ligament croisé antérieur joue son rôle de frein, ce qui éloigne le spectre de la chirurgie et d’un long arrêt de la course à pied (plusieurs mois). Ouf.

Diagnostic définitif : luxation de la rotule. Lors de l’accident, la rotule a quitté son emplacement, la trochlée fémorale, sorte de creux osseux. Dans mon cas, la rotule s’est remise en place spontanément, on parle alors de subluxation. Elle a tout de même eu le temps d’abîmer au passage les ailerons rotuliens, les deux ligaments qui la maintiennent au fémur, d’où la douleur et l’épanchement.

Les ailerons rotuliens – crédit image : genou.com

Une radiographie passée la semaine suivante révèle également un petit éclat osseux, arraché lors de la distension de l’aileron rotulien interne. Heureusement, vu la taille et l’emplacement de l’éclat, il ne risque pas de venir gêner l’articulation. Cela ne change donc rien au diagnostic. L’évolution de cette blessure est généralement très favorable.

Le traitement commence par trois semaines d’immobilisation par une attelle de Zimmer. Il s’agit d’une attelle amovible qui recouvre la jambe de la mi-cuisse au bas du mollet et la maintient en extension au moyen de baleines métalliques et de quatre sangles velcro. Objectif : assurer une bonne cicatrisation du ligament avant de commencer la rééducation.

L’attelle de Zimmer

Tous les fabricants parlent d’attelles confortables et anti-transpiration. Je les mets au défi, jambe tendue plus de douze heures par jour, en pleine canicule.

Pour la marche, je m’aide de béquilles et suis autorisé à poser le pied. Après avoir joué le photographe sur la course ACRHO des Crêtes du Tournaisis (album photos ici), je dois toutefois me résoudre à réduire mes déplacements au strict nécessaire. Avec la fatigue, j’ai bien mal à l’arrière de la cuisse et du mollet.

Dix jours après l’accident, je commence la rééducation chez Caroline Lahaye. Kinésithérapeute à Gembloux, Caroline est elle-même athlète. Autant choisir un kiné sportif, les sujets de conversation sont tout trouvés.

Le Pr Nielens lui a demandé de ne pas plier le genou avant la fin du mois de juin. La rééducation commence donc avec du drainage pour réduire le gonflement et quelques exercices de contraction musculaire.

Par la suite, les séances deviennent plus sportives, avec des squats et, surtout, des exercices de proprioception sur le Bosu (sorte de demi balle de gym swiss ball destinée aux exercices d’équilibre).

Le BOSU® – crédit photo : bosu.com

Le 4 juillet, Independence Day, Caroline m’autorise à reprendre le vélo. Une étape importante pour mon renforcement musculaire (mon quadriceps a déjà bien fondu, avec 5cm de tour de cuisse perdus à gauche), mais aussi pour reprendre le travail en endurance. Nous ne sommes qu’à cent jours du marathon de Francfort, mon objectif de l’automne …

Les débuts sont modestes, 3-4 petits kilomètres à 12km/h. C’est dur, mais je réalise très vite que mon genou n’est pas le principal coupable : frein à disque arrière bloqué sur mon VTT ! Le lendemain je passe au vélo de route et constate que ça va déjà beaucoup mieux.

Au moment d’écrire ces lignes, je me rends au travail à vélo (quinze kilomètres), je suis capable de rouler plus d’une heure sans douleur, je n’ose pas encore les pédales automatiques mais ça commence à ressembler de nouveau à du sport !

Et le moral, ça va ?

Au début, ne pas courir n’est pas difficile. Ce sont les gestes de la vie quotidienne qui le sont : monter en voiture, descendre les escaliers, marcher.

Puis le temps passe. Les progrès sont discrets mais continus, mon genou dégonfle, je retrouve chaque jour un peu plus d’amplitude articulaire. Pourtant, je ne suis pas autorisé à reprendre la course à pied tant que je n’ai pas récupéré la pleine extension de mon genou. Combien de jours encore avant de retrouver ces quelques degrés ? C’est là que l’attente devient longue.

La dynamique entraînement → résultat→ gratification est brisée. Les échéances approchent, les rendez-vous manqués se succèdent. À un moment, je songe à désactiver les notifications des groupes WhatsApp et Facebook dédiés à la course à pied dont je suis membre. Pour ne pas savoir ce que je rate en restant sur la touche.

Puis non, en fait. À quoi bon faire l’autruche ? Me couper complètement du monde de la course à pied pendant la durée de ma blessure serait une punition supplémentaire, inutile.

Profiter de la dimension sociale du sport ne m’est pas interdit

Cet arrêt forcé représente, grosso modo, huit heures de temps libre récupéré chaque semaine. L’équivalent d’une journée de travail. Certes, mon appartement n’a jamais été aussi bien rangé. Mais heureusement, je retrouve aussi le temps de m’accorder une grasse matinée, sortir, voir du monde. Profiter de la dimension sociale du sport ne m’est pas interdit. Je vais voir courir les autres, je les accompagne à l’entraînement (à vélo), je conseille même les futurs marathoniens qui me le demandent.

Bref, je reste dans le coup. Car ce n’est qu’une pause. Je vais guérir et rechausser les baskets. Revenir plus fort peut-être ou, en tous cas, plus riche de cette expérience. I’ll be back.

Jonathan Quique ©RUNNINGGEEK.BE 2017

1. Une équipe de chercheurs néerlandais a mené une revue de la littérature et compilé les résultats de 17 études jugées les plus sérieuses sur le sujet : de 26.0% à 92.4% de coureurs se blessent pendant la durée du suivi. La fourchette est large, mais même dans le scénario le plus optimiste, le quart des coureurs voit son entraînement contrarié par un problème physique dans l’année. Titre de l’article : Incidence and determinants of lower extremity running injuries in long distance runners: a systematic review (British Journal of Sports Medicine)

2. Les infos médicales sont tirées de ces pages : Lésions ligamentaires du genou (Ressources Pédagogiques Pitié-Salpêtrière), Entorse du genou (Clinique de l’arthrose) et La luxation de la rotule (Revue Médicale Suisse)

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