20km de Bruxelles 2017 : clap de fin

Cette année, le « championnat de Belgique du jogging » (quote Sébastien Mahia) était un objectif personnel. J’y ai ajouté un défi organisationnel en mettant sur pied, pour la première fois, une inscription de groupe au nom du blog. La chaleur, en invitée de dernière minute, a fait de cette édition 2017 un cru à la saveur particulière. Récit.

Crédit photo : Sportograf

Le 29 mai 2016, je réalise mon meilleur chrono à Bruxelles, 1:30:23. Mais en franchissant l’arrivée, je pense : « les 20 kilomètres, c’est trop dur, on ne m’y reprendra plus. » Ou alors, dans un autre esprit, par exemple en donnant un coup de pousse à une équipe handisport. Pourtant, je décide de revenir en 2017 pour grappiller les vingt-quatre secondes qui me séparent de la barre symbolique de l’heure et demie.

Avant ça, un premier test m’attend sur le Connemarathon Half, en avril. Une course au parcours sinusoïdal dans un décor sauvage, magnifique. Vincent d’Harveng me concocte un programme en vue de cet objectif et je reprends l’entraînement de manière structurée au début du mois de février. J’arrive en forme au bon moment, les jambes tournent bien et le Connemara est une réussite. Il me reste à faire durer et peaufiner cette bonne condition pendant un mois.

Puis, le doute s’installe. D’abord, une ACRHO ratée sur les pentes du Mont-Saint-Aubert. Une heure trente de route, j’arrive in extremis au retrait des dossards, le vendredi soir après une semaine chargée. Sans doute pas les meilleures conditions pour réaliser une performance, mais je ne cherche pas d’excuses. J’ai pris quelques kilos depuis le marathon de New York et, surtout, j’ai suivi mon plan d’entraînement avec moins d’assiduité : trop de travail, trop de sorties et, parfois, pas assez d’envie. Je doute tout simplement de pouvoir battre le Jonathan d’il y a un ou deux ans …

Ensuite, les prévisions météo. Chaque jour, les températures maximales sous abri annoncées pour le dimanche des 20km augmentent : 27, 29, 31, jusqu’à 34°C ! Je recoupe les sources, les modèles météorologiques convergent.

Alors, pleuvent les mises en garde :

  • « Il convient d’adapter son objectif et d’accepter de ne pas atteindre son temps de référence, ne pas forcer, écouter son corps ! » (Croix-Rouge de Belgique)
  • « Dimanche, la température dépassera les 30 degrés. C’est beaucoup pour courir 20 km. Mieux vaut réduire le rythme (…) » (Le Soir)
  • « Que ceux qui espèrent améliorer leur chrono de référence cette année sur les 20 km revoient leurs ambitions à la baisse. » (DH)

Jusqu’à ce post Facebook de Marc Francaux, professeur à l’UCL, chercheur en physiologie et biochimie de l’exercice. Sans doute le message le plus lucide, mais aussi le plus angoissant.

On nous l’annonce, dimanche, il fera chaud dès le matin et courir dans de telles conditions n’est pas sans risques. L’hyperthermie est celui auquel on pense a priori, mais le risque d’incidents cardiaques augmente également. Il est lié à des perturbations de l’équilibre des électrolytes. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’accidents graves, potentiellement fatals. Alors autant prendre ses précautions!

Les coureurs seront (…) face à deux ennemis : eux-mêmes et l’environnement. Ce dernier, ils ne pourront pas le changer : il fera chaud ! Par contre, eux-mêmes pourront adapter leurs comportements pour ne pas se mettre en danger. Ils pourront ainsi faire en sorte de ne pas produire trop de chaleur et pour cela il faut simplement courir doucement ! La quantité de chaleur produite par le corps est en effet directement liée à la vitesse de course. La principale recommandation est donc de ne pas essayer de battre son record, de courir beaucoup plus doucement que d’habitude.

On entend beaucoup de recommandations liées à l’hydratation. Celle-ci est certainement très importante, mais ne pourra modifier qu’à la marge la température corporelle d’un coureur. La clé est donc la modération dans l’intensité de l’effort comme expliqué ci-dessus.

Si le port de vêtements clairs respirants, d’une caquette, de lunettes solaires, etc. peut encore vous aider quelque peu à lutter contre la chaleur ambiante, la principale mesure que je vous enjoins à prendre est la modération dans l’intensité de l’effort. Amusez-vous, mais soyez prudents !

Je ne suis peut-être pas la cible privilégiée de ces avertissements. Mais la prévention parle d’une seule voix. Elle s’adresse avec les mêmes mots au néophyte, à l’athlète confirmé, à l’homme, à la femme, à l’ado, au papy runner de 89 ans. Une vie sauvée vaut sans doute mille chronos ratés …

Je décide, après un samedi caniculaire passé en famille, de ne pas courir après ce record. Je doute de pouvoir battre, ou alors en payant le prix fort.

Une pluie rafraîchissante s’abat sur Bruxelles le dimanche matin. Les températures sont plus clémentes que prévues, mais cela ne change rien. Je prends le départ avec l’intention de passer une course tranquille, en profitant du parcours et l’ambiance.

Je cours donc aux sensations, en aisance respiratoire. Je franchis les premiers kilomètres sans regarder la montre. Dès les tunnels de l’avenue Louise, des coureurs de la deuxième vague me rattrapent. Je les laisse filer et pense qu’ils sont partis un peu vite. Dès la seconde suivante, je me dis qu’il serait tout de même dommage de perdre ma place dans le premier box l’année prochaine.

Au « sommet » du Bois de la Cambre, à hauteur du Chalet Robinson, commence la partie la plus favorable du parcours. J’augmente la cadence. Sur l’avenue Franklin Roosevelt, je longe les ambassades, profitant des dernières centaines de mètres à l’ombre. Arrivé à l’hippodrome de Boitsfort, je cours en plein soleil. Il fait un peu plus chaud, mais ça reste supportable. Il faut dire qu’à chaque ravito, c’était une gorgée bue puis le reste de la bouteille versé sous la casquette et dans le dos.

Boulevard du Souverain. Je passe la deuxième vitesse mais mon accélération n’est pas linéaire. Il y a du monde, beaucoup de monde sur toute la largeur de la route. Et quelques chutes évitées de justesse par le passé m’ont appris à ne pas abuser du trottoir ou des voies du tram.

Je passe devant l’enseigne « Au Bon Repos » : douce ironie, ce magasin de literie, voisin du bureau de l’organisation des 20km, fait sa pub à un endroit où la plupart des coureurs sont dans le dur. Je n’ai jamais été aussi frais à ce stade de la course.

Avenue de Tervueren. Je termine en roue libre, passe la ligne et regarde ma montre. 1:39:39. Pas vraiment déçu, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre.

Voilà pour le volet sportif. Finalement, la satisfaction vient d’ailleurs. Très vite, mes amis du box 2 franchissent à leur tour la ligne d’arrivée. Émilie, pour qui j’avais adapté un plan d’entraînement, termine dans la même minute que moi. C ‘était dur pour elle, mais pas de record sans effort. Ma petite fierté de coach.

Nous nous retrouvons après la course sur la terrasse du café Le Grand Central. Pour la première fois cette année, RUNNINGGEEK.BE est une team à part entière, reprise dans le classement par équipe. Merci aux 35 coureurs qui ont décidé de participer sous la bannière du blog. Les quelques verres partagés entre finishers, tout comme la rencontre avec les membres du groupe lors de la remise des dossards ou le matin de la course à l’espace VIP Jogging Plus, furent d’agréables moments.

Comme quoi. Même si la performance personnelle n’est pas au rendez-vous, il y a d’innombrables façon de savourer une course. Mentions spéciales pour Sophie Brux, qui a prêté ses jambes à un équipage handisport, ainsi que pour Hervé, Laurent et Stéfane qui ont donné une dimension solidaire à leurs 20km en soutenant Handikin et les Infirmiers de rue. C’est tout ça, la beauté du sport.

Jonathan Quique ©RUNNINGGEEK.BE 2017

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