Amphiman : un petit air de Suède en Belgique

Ce samedi 1er octobre, je participe avec mon camarade Damien Deprez à la première édition de l’Amphiman De Schorre à Boom, près d’Anvers. Amphiman est le label par lequel le swimrun est arrivé récemment en Belgique. Swimrun ? Il s’agit d’une épreuve d’un genre nouveau, qui consiste en un parcours en pleine nature alternant portions de nage et portions de course à réaliser en équipe de deux. Courir en combinaison et nager en chaussures peut paraître une idée bien saugrenue pour certains, néanmoins le swimrun compte chaque année de plus en plus d’adeptes. Ce concept nous vient directement de Suède où la course originale existe toujours et constitue le Saint Graal de la discipline.

Les origines du swimrun

L’histoire du swimrun vaut la peine d’être contée. En 2002, lors d’une soirée bien arrosée, des amis se lancent un pari fou : rejoindre le plus rapidement possible Sandhamn depuis l’île Utö en courant et en nageant. La distance et les conditions font froid dans le dos. En effet cette traversée des îles de l’archipel de Stockholm totalise pas moins de 64km de course à pied et 10km de natation dans une mer Baltique à 10°C. Complètement barré !

Le parcours du Swimrun originel

Le parcours d’Ötillö, le swimrun originel

Deux binômes s’élancent cette année-là. L’équipe des vaincus devant payer l’hôtel et la nourriture à l’équipe gagnante. Il leur faut à l’époque plus de 24 heures pour venir à bout de ce défi hors-normes. Cela ne les empêchera pas de recommencer l’année suivante.

De là est née la course mythique d’Ötillö (Ö till ö, littéralement « d’île en île »), qualifiée de course d’endurance la plus difficile du monde par CNN. Au terme de la première édition officielle en 2006, seules deux équipes ont réussi à franchir la ligne d’arrivée sur 10 engagées. Désormais c’est pas moins de 120 équipes qui s’affrontent sur ce parcours exigeant où la suprématie appartient aux équipes scandinaves. La participation à Ötillö est maintenant soumise à un principe de qualification similaire à celui de l’Ironman d’Hawaï.

Ötillö 2016 - crédit photo : JakobEdholm.com

Ötillö 2016 – crédit photo : JakobEdholm.com

Notre première expérience

Nous avons pour notre part tenté l’expérience pour la première fois le 7 mai 2016 à l’Amphiman des Lacs de l’Eau d’Heure, sur une distance plus modeste (18km). Nous avons tellement aimé l’esprit et l’ambiance de la course que nous remettons le couvert ! Certes le prix de l’inscription est assez élevé (50 euros par personne et 10 euros pour le t-shirt de finisher) mais l’aventure en vaut la peine, surtout vu la très bonne organisation.

Le slogan de l'Amphiman : it's not just a race, it's an adventure

Le slogan de l’Amphiman : it’s not just a race, it’s an adventure

La préparation

Pour notre première expérience, nous n’avons pas fait d’entraînement spécifique / différent de celui pour le triathlon. Nous venons pour découvrir la course et profiter un maximum, non pour défier le chrono. Cependant, pour atteindre un bon niveau en swimrun longue distance, il faut au grand dam des triathlètes écumer les bassins, enchaîner les longueurs, nager, nager et nager encore ! Et quand il vous reste du temps libre, hé bien vous courez.

Plus sérieusement, il faut orienter les entraînements natation sur de longues distances et s’habituer à nager avec pull-buoy (un flotteur de mousse qui se cale entre les jambes) et palettes. Pour la course à pied, il faut privilégier les sorties sur terrains variés, chemins et bois. Il existe également des entraînements spécifiques pour habituer le corps aux changements de position et de température : 10°C dans l’eau et quasi 40°C dans la combinaison durant la course ! Tout ceci est très bien résumé dans cet article, « Bien se préparer pour un Swimrun » (Comptoir du triathlon).

Le matériel

Le choix du matériel est soumis à peu de restrictions : sont simplement interdits les flotteurs d’une taille supérieure à 100x60cm et tout matériel motorisé. Chaque participant doit obligatoirement porter une combinaison néoprène adaptée à une température d’eau de 10°C et un sifflet pour alerter rapidement l’organisation en cas de soucis. Tout matériel emporté doit être conservé jusque la fin de l’épreuve pour minimiser l’impact (pollution) sur l’environnement. Dernier point de règlement, les membres de l’équipe ne peuvent jamais être séparés de plus de 10 mètres sur la course.

Bien que certains participants débordent d’imagination en emportant des palmes longues d’un mètre ou encore des matelas gonflables, le meilleur compromis semble être le port de paddles (plaquettes de mains) et d’un pull-buoy attaché à la jambe par une chambre à air ou une corde élastique pour ne pas gêner en course.

Pull-buoy et paddles - crédit photo : Nadja Odenhage

Pull-buoy et paddles – crédit photo : Nadja Odenhage

Pour notre premier swimrun, Damien et moi avons choisi de nous équiper à la manière des équipes élites, pull-buoy et plaquettes. Une chouette vidéo montre comment modifier son pull-buoy pour le swimrun. Évidemment, je m’attaque à cela la veille, « à l’arrache » avec ce que je trouve, c’est à dire une corde non élastique, si bien que le résultat final est bien loin de celui de la vidéo. Damien a opté pour la location d’une combinaison adaptée au swimrun tandis que j’avais préféré ma combinaison de triathlon. Nous étions également chaussés de nos running classiques.

Les grandes marques (Head, Huub, Asics, Inov8) n’ont pas tardé à lancer des produits spécifiques à la pratique du swimrun. On voit ainsi l’essor de chaussures à crampon très légères qui ne se gorgent pas d’eau en l’évacuant rapidement. Les combinaisons sont également repensées avec des zip frontaux et dorsaux permettant de faire respirer le torse sans enlever le haut de la combi, des petites poches pour mettre les ravitaillements ainsi que des textiles de plus en plus souples pour ne pas gêner la course à pied. Beaucoup d’articles intéressants traitent du sujet, comme celui de la Team Belove ou de Swimrunfrance.

La course

Par un beau samedi du mois de mai, nous arrivons, Damien et moi, sur le site des Lacs de l’Eau d’Heure. La journée est splendide, il fait plein soleil et la température déjà très douce. Nous sommes arrivés bien à l’avance, l’endroit est calme. Comme si le lac se reposait avant de voir les guerriers débarquer.

Le calme avant la compét'

Le calme avant la compét’ – crédit photo : RunningGeek.be

Pour cette première fois, nous nous montrons prudents en choisissant la petite distance. Au menu,
15,06km de course répartis en 9 portions et 3,22km de natation en 8 portions.

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La répartition course à pied / nage à l’Amphiman des Lacs de l’Eau d’Heure

Le briefing une heure avant le départ nous annonce la bonne nouvelle du jour : une eau à 13°C ! Le mauvais temps des dernières semaines a bien refroidi le lac. La température de l’air est, quant à elle, proche des 25°C, nous allons être servis en chocs thermiques. Ainsi soit-il, les triathlètes sont des durs.

Se pose alors pour moi la question du choix de la combinaison. J’ai en effet pris une combinaison Tribord s’arrêtant au dessus du genou et ma combinaison intégrale de triathlon. La première a l’avantage d’une fermeture ne nécessitant pas d’aide comparée à la deuxième qui est plus épaisse et plus confortable. Vu la température de l’eau et ma peur d’avoir vraiment froid en natation, j’opte pour la combi intégrale. Si vraiment je devais ouvrir le haut en course à pied, je demanderai à mon compagnon de m’aider pour la refermer.

« Plus que deux minutes avant départ », nous nous dirigeons vers la ligne, un peu à la bourre. Bonnet, lunettes, lacets, … « Une minute avant départ », le stress monte progressivement. Damien est en train de fermer sa combi lorsque le départ est lancé ! Bien qu’arrivés les premiers sur place, c’est bien en dernière position que nous prenons le départ de la course.

La première portion en course à pied est une des plus longues. Après 1.5km, je suffoque dans ma combi fermée. Mes pulsations s’emballent, j’aspire à entrer dans l’eau. Nous parcourons encore la même distance avant d’arriver à la première transition. Le montage maison pour fixer le pull buoy à ma jambe n’est d’aucune utilité (ça m’apprendra à faire les choses à la va-vite), je vais devoir le trimballer en mains tout le long de la course.

Je rentre rapidement dans l’eau pour me rafraîchir et là, je subis le premier choc thermique, l’eau est
vraiment froide ! Il me faut quelques dizaines de secondes pour m’habituer mais je me félicite déjà d’avoir opté pour la combi intégrale. Damien a aussi du mal à s’habituer, d’autant plus que sa combi de location est plus fine que la mienne.

Nous entamons la première traversée et c’est pour moi un grand bonheur. J’aime la natation, surtout en milieu naturel. Quoi de plus gai que de nager au milieu de la nature ! Après être sortis du lac, nous entamons la seconde portion en course à pied. Le fait d’être mouillé permet de ne pas avoir trop chaud en courant.

Courir avec des chaussures détrempées n’est pas très agréable mais ça ne me gêne pas de trop.
Nous poursuivons ensuite sur les autres transitions alternant entre portions courtes et longues, chemins asphaltés ou boisés. Nous prenons également le temps de poser pour la postérité 😉

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Amphiman LLEH – crédit photo : EloDIA

Certaines entrées et sorties de l’eau sont assez escarpées et caillouteuses, nous prenons soin de ne pas nous blesser.

En milieu de parcours, je commence à avoir la tête qui tourne au milieu d’une traversée à la nage. J’essaie de me mettre sur le dos mais c’est encore pire. On n’en mène pas large dans ces moments ! Heureusement, mes expériences sur triathlon m’ont appris à gérer cela, je me remets sur le ventre, je me calme en nageant moins vite, avec des mouvements plus amples et ça passe.

Malgré ce petit passage à vide, la course n’est que pur plaisir. L’objectif n’étant pas de faire un chrono, nous prenons le temps au ravitaillement afin de profiter du cadre, de la météo idéale et de cette aventure. Nous discutons même avec un couple effectuant la longue distance (38km – respect).

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Amphiman LLEH – crédit photo : triathlon.be

Le parcours, par ses différentes transitions, ses tronçons en course en pied similaires à du trail, met l’organisme à l’épreuve. À partir du quinzième kilomètre, nous sentons bien la fatigue dans nos membres.

La dernière partie de natation est la plus longue (770 mètres), dans la partie la plus froide du lac. Autant pour Damien que pour moi, cette traversée est sans doute la plus éprouvante. J’arrive un peu avant lui sur la rive où pas mal de supporters sont présents. Malheureusement, en sortant de l’eau, Damien se coupe à la main en prenant appui sur un caillou. Ça saigne et ça fait mal. Heureusement il ne nous reste que 700 mètres jusqu’à la ligne d’arrivée. C’est avec une immense satisfaction que nous la franchissons après 2h43 de course !

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Amphiman LLEH – crédit photo : EloDIA

Après avoir fait soigner la blessure de Damien, très heureux d’avoir bouclé cette nouvelle aventure, nous savourons l’après-course avec les produits locaux. Déjà, nous évoquons l’inscription à l’Amphiman du 1er octobre … Auquel nous serons bien présents !

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Amphiman LLEH – crédit photo : triathlon.be

Boom

Je change plusieurs choses pour la course du samedi 1er octobre. Tout d’abord, je mets ma combinaison trois-quarts au lieu de celle de triathlon car l’eau est plus chaude. J’opte pour des bas de compression pour couvrir les mollets. Je prends soin d’utiliser une corde élastique pour fixer mon pull-buoy, ça m’évitera de devoir le porter pendant toute la course. Pour ce qui est de l’esprit, rien ne change : avant tout prendre du plaisir et s’éclater !

Bilan mitigé à l’arrivée. Les parties en course à pied sont vraiment extra, quasi à 100% dans les bois, en mode trail, parcours technique, même avec les Salomon Speedcross aux pieds. En natation par contre, chaque plan d’eau a son type d’algue et son odeur distincte … On passe de l’algue noire « cheveux » qui s’enroule autour des plaquettes et des jambes, à l’algue jaune en surface qui te pique le visage, sans oublier l’algue rouge qui répand une délicieuse odeur d’égout … Gros bémol sur le plan de l’ambiance également, course sans âme, pas ou très peu de spectateurs, pas de musique.

Un concurrent de l'Amphiman recouvert d'algues vertes

A chaque plan d’eau son algue – crédit photo : Thibaut Debelle Photography

Nous nous sommes malgré tout bien amusés et, si on ne nous reverra plus à Boom l’an prochain, cela reste un bon entraînement en vue d’autres swimruns !

Rémy Castiaux ©RunningGeek.be 2016

Pour prolonger la lecture :

« Le SWIMRUN, une discipline en plein essor ! » (U-Run)

2 réflexions sur “Amphiman : un petit air de Suède en Belgique

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