Test : Kalenji Kiprun SD

Poussez la porte d’une boutique spécialisée en running, vous faire conseiller une paire de chaussures. Neuf fois sur dix, le vendeur commence par vous interroger sur votre type de foulée. Il scrute d’un œil expert les semelles de vos anciennes chaussures, vous demande de courir quelques mètres dans l’allée du magasin ou, pour les mieux équipés, sur un tapis de course muni d’une caméra qui enregistre le mouvement de vos chevilles.

Dans les rayons, les modèles pour pronateurs sont rangés d’un côté, les ‘neutres’ de l’autre et, parfois, dans un coin, se niche une chaussure destinée aux supinateurs (5% de la population prend appui sur l’extérieur du pied).

Alors, le type de foulée, critère de choix incontournable ? Pas si sûr. À rebours de l’écrasante majorité des fabricants, Kalenji fait même le pari d’abandonner cette distinction.

Une chaussure pour toutes les foulées

En 2016, la gamme performance de Kalenji pour la route, présentée à Nice au début du mois de janvier, c’est (hormis la Kiprace, modèle ‘compétition’ identique à celui de 2015) :

  • un modèle dynamique et léger, la Kiprun SD ;
  • un modèle stable et amorti, la Kiprun LD.

Chaque chaussure proposée en deux couleurs pour les hommes, deux couleurs pour les femmes. Punt aan de lijn (1).

La gamme performance de Kalenji en 2016

Exit la Kiprun MD, destinée au semi. Tant la SD que la LD se prêtent à toutes les distances, du 5 kilomètres jusqu’au marathon.

Exit, surtout, la traditionnelle segmentation neutre / pronateur. D’ailleurs, « le client choisit plutôt la couleur qui lui plait le plus, sans connaître ni vraiment se soucier de son type de foulée » nous confie un des Footwear Developers de Kalenji.

372 cobayes suivis pendant 6 mois

Si le concept de chaussure ‘universelle’ n’a rien de révolutionnaire, réduire la gamme à un modèle unique pour toutes les foulées est un positionnement encore osé. Avant de faire le grand saut, Kalenji a consacré de longs mois à vérifier la légitimité de sa démarche.

La marque française confie depuis quelques années le développement de ses produits à une équipe d’ingénieurs-athlètes dotés de sérieuses références sportives (par exemple le très sympa Stéphane Charnet, 30 min. 53 sur les 10 kilomètres de la Prom’Classic). Elle compte aussi sur les retours d’expérience et les propositions d’amélioration de sa team d’ambassadeurs, sélectionnés parmi les conseillers en magasin.

Cette fois-ci, Kalenji a confié une étude épidémiologique au Luxembourg Institute of Health. Pendant six mois, 372 coureurs entraînés ont parcouru ensemble plus de 116.000 kilomètres. Les participants étaient aléatoirement (indifféremment de leur foulée) répartis en deux groupes : l’un ayant pour consigne de courir avec une chaussure dite ‘neutre’, l’autre s’entraînant avec la nouvelle technologie K-Only développée par Kalenji.

K-Only c’est la combinaison de deux dispositifs :

  • Une pièce en Pebax, une résine à la fois légère, résistante et élastique, aussi utilisée dans la conception de casques et de balles de golf (2). Cette pièce placée sous le médio-pied favorise la relance et la transition arrière-avant.
  • Une zone de mousse plus dense sous le premier métatarse (le gros orteil), un dispositif utilisé traditionnellement pour contrôler la pronation.

La technologie K-Only développée par Kalenji

Résultat : les coureurs équipés des chaussures K-Only ont développé 30% moins de blessures que ceux de l’autre groupe.

L’étude sera publiée prochainement. Elle complète les conclusions d’une précédente recherche menée au Danemark (3) démontrant que les coureurs pronateurs ne se blessent pas plus s’ils se passent d’une correction spécifique. On sait aussi maintenant qu’une chaussure munie d’un mécanisme habituellement dévolu à la correction de la pronation peut convenir à tous les coureurs.

En fait, hors cas extrêmes nécessitant des semelles orthopédiques, la pronation et la supination sont tout simplement des mouvements naturels, vraisemblablement peu impliqués dans la formation de blessures (4).

Drop : 10 mm

Le drop (différence de hauteur entre le talon et l’avant du pied) de la Kiprun SD est de 10 millimètres. Une approche cette fois-ci plus conservatrice de la chaussure, et une configuration qui favorise l’attaque par le talon plutôt qu’une foulée dite naturelle, sur l’avant du pied. Kalenji s’en défend : réduire ce drop sans temps d’adaptation, c’est exposer le coureur à un plus grand risque de blessure.

Précaution supplémentaire, la Kiprun SD 2016 embarque comme la version précédente le K-ring, un anneau de mousse enchâssé dans le talon qui se déforme pour diffuser l’onde de choc et assurer l’amorti. Le retour d’énergie procuré est assez sympa, rappelant à certains égards le ressort de l’Adistar Boost.

Un résultat convaincant

Je teste la Kiprun SD depuis décembre. J’ai pu l’essayer durant différentes séances d’entraînement, sur piste, route et chemins, ainsi que sur une course de 10 kilomètres. Le résultat est, sur toute la ligne, convaincant.

Le design de la Kiprun SD est réussi et la couleur orange (version testée) attire le regard. Certains évoquent une ressemblance avec la Brooks Launch 2, best seller américain. On lui concède un air de famille, même si d’autres éléments, comme le motif du talon sur la semelle intermédiaire, rappellent plutôt New Balance.

La Kalenji Kiprun SD 2016

La chaussure est bien finie et respire la solidité. Kalenji annonce d’ailleurs une durée de vie de 1.000 km pour la semelle intermédiaire.

Durable, cette semelle intermédiaire est composée d’une nouvelle mousse que Kalenji présente aussi comme plus dynamique, amortie et stable à des températures comprises entre -10 et 40°C.

Rien à redire, si ce n’est sur ce dernier point : par temps froid, j’ai senti les chaussures ‘taper’ plus durement le sol après avoir passé la journée dans le coffre de la voiture. Pour plus de confort, je vous conseille tout de même de les stocker dans un endroit tempéré.

Le pièce en Pebax, elle, est très bien intégrée et ne gêne pas du tout. Un bon point par rapport au Torsion System d’Adidas, une pièce similaire présente sur mes Adistar Boost, bien vite amochée au contact des cailloux.

La fine semelle extérieure présente des crampons ‘minimalistes’. Si l’adhérence est suffisante pour courir sur une route mouillée, la SD trouve quand même ses limites sur les chemins pavés ou boueux : ça glisse.

Le chaussant est fait d’un mesh (maillage) respirant qui prend facilement l’eau mais garantit une bonne aération. L’avant du pied est seamless, sans coutures, pour éviter les irritations. L’arrière intègre des éléments réfléchissants pour plus de sécurité lors des sorties nocturnes.

La Kiprun SD est relativement légère et affiche 298 g sur la balance en pointure 43.5. Le modèle est disponible du 39 au 47 pour les hommes et vous pouvez vous fier à votre pointure habituelle.

PR à la clé

Côté performances, la SD convient pour l’entraînement quotidien comme pour la vitesse et la course. Sorties variées sur asphalte, fractionnés sur piste : la Kiprun SD se laisse oublier et fait le job en toutes circonstances.

Test concluant surtout à la Prom’Classic de Nice : j’y ai battu mon PR (record personnel) sur 10 kilomètres en 41′56, sans entraînement spécifique et au sortir des fêtes de fin d’année. Plusieurs autres blogueurs invités battront aussi leur record ce jour-là.

A l'arrivée de la Prom'Classic, Kalenji Kiprun SD aux pieds

A l’arrivée de la Prom’Classic, Kalenji Kiprun SD aux pieds

Alors, bien sûr, les chaussures ne font pas tout, mais que demander de plus ? Pour un prix de … 79,99 euros, soit à peine la moitié de certains modèles de qualité comparable sur le marché.

La marque Kalenji est distribuée en exclusivité par les magasins Decathlon.

Jonathan Quique ©RunningGeek.be 2016

Notes et références

(1) Rien de plus : « Point à la ligne », en néerlandais.

(2) Pebax® Major applications for sports. Pebax.com

(3) R.O. Nielsen et al. (2014) Foot pronation is not associated with increased injury risk in novice runners wearing a neutral shoe: a 1-year prospective cohort study. Br J Sports Med

(4) Peter Larson (2014) Do You Pronate?: A Shoe Fitting Tale. Runblogger.com

Lire aussi

Les tests et récits de mes confrères blogueurs présents à Nice :

Sans oublier : les belles photos Instagram de Sébastien (@paris_road_runners.fr) et Anne (@annedubndidu).

5 réflexions sur “Test : Kalenji Kiprun SD

  1. Salut, je suis l’un de ces testeurs sur LD et SD
    J’ai A DO RÉ! Veritablement, la LD est dynamique assez reactive. La LD est très comfortable et dynamique, et je pense que grâce au systeme de torsion, je pense que ma pronation est légèrement corrigée, apres 500km sur la LD, R.A.S
    Pareil pour la SD rien a signaler pour le prix faut pas se priver😉

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