La saison des corridas

Ce samedi, j’explique à des collègues que je cours la Corrida de Gembloux. Non, il ne s’agit pas de taureaux lâchés à nos trousses dans les rues de la capitale wallonne de l’agronomie … Nous sommes en décembre et, en cette période, chaque commune de Belgique ou presque organise sa corrida. Il existe même un challenge propre à la discipline ! Mais … qu’est-ce qu’une corrida ?

À l’origine, corrida signifie tout simplement course, en portugais. La langue parlée au Brésil, pays où se court chaque année depuis 1925 la Corrida de la Saint-Silvestre, dans les rues de São Paulo. Des grands noms comme Emil Zátopek, Paul Tergat ou le Belge Gaston Roelants (4x) s’y sont imposés.

La corrida de São Paulo, aujourd’hui allongée à 15 km et courue l’après-midi, comporte dans son format originel toutes les caractéristiques des corridas qui fleurissent au calendrier belge de fin d’année. Une course urbaine, nocturne et festive, sur une distance de 6 à 8 km.

La corrida se court généralement de nuit, en ville pendant la période des fêtes - crédit photo : Patrick Guillou

La corrida se court généralement de nuit, en ville et pendant la période des fêtes – crédit photo : Patrick Guillou

La distance, abordable, contribue au succès de la formule. On retrouve sur les corridas un public varié, du néophyte qui se fixe un défi pour finir l’année en beauté, jusqu’au coureur aguerri qui vient travailler sa vitesse en prévision de la saison à venir. La corrida est dans cette optique bien plus accessible que le cross-country, généralement réservé aux athlètes licenciés.

Dans nos contrées, la plupart des organisateurs optent pour une course en circuit, histoire de faciliter la sécurisation du parcours et permettre aux spectateurs d’encourager plusieurs fois les coureurs, sans trop s’éloigner des animations ou … du marché de Noël local. Dans cette configuration, les plus rapides prennent souvent un tour, ou plus, à la queue du peloton.

600 mètres séparent les coureurs de gauche et ceux de droite - crédit photo : Patrick Guillou

600 mètres séparent les coureurs de gauche et ceux de droite – crédit photo : Patrick Guillou

Ludique, la corrida devient alors tactique. Le chronométreur Top Timing publie les temps réalisés à chaque tour : sur une corrida difficile (dénivelé, relances et passages étroits), comme celle de Gembloux, le départ rapide semble être la seule tactique qui vaille. Un unique coureur du top 100 réalise le negative split (deuxième moitié de la course plus rapide que la première) ; il s’agit de Frédéric Lombart, coach du GaG, qui termine 40e. « C’était voulu, réellement voulu.  Je m’étais volontairement mis en milieu de peloton au départ.  J’ai accéléré progressivement.  Mon dernier tour était vraiment au seuil.  Note que cette tactique est plutôt à préconiser sur une course plus longue. »

Le profil de Gembloux était sans doute trop cassant pour cela, mais sur d’autres corridas, plus roulantes comme celle d’Andenne, on distingue deux stratégies chez les meilleurs. Les plus forts maintiennent une vitesse pratiquement constante au fil des quatre tours. D’autres partent en force pour se placer, récupèrent en milieu de course et font parler la poudre au finish. Fred Lombart : « J’ai déjà gagné des cross ou des corridas avec la tactique dont tu parles. » Son conseil pour la Corrid’Abbaye 2016 : « faire un dernier tour au taquet et attaquer à l’entrée du parc, juste avant la descente, d’autant que le sentier est étroit. Si tu arrives à prendre quelques mètres, tu tiens jusqu’au bout. Mon expérience du 1.500 mètres. »

Trêve de théorie, forgez votre propre expérience et laissez-vous tenter par la corrida, version sans taureau. Pour ma part, je ne regrette qu’une chose : que la saison soit si courte ! Après la belle Corrid’Abbaye de Gembloux, rendez-vous sur la corrida de Sombreffe (ce mercredi 16 décembre, sold-out) !

Jonathan Quique ©RunningGeek.be 2015

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